Rue Jean Moët, statue de Dom Pérignon, Jardin et Orangerie Moët & Chandon : difficile ici de ne pas se sentir tout de suite grisé. Élégantes demeures du XVIIIᵉ siècle, châteaux de briques rouges, cours d’honneur et jardins opulents : tout plonge ici le visiteur dans l’histoire des premières maisons de négoce champenoises, établies à Épernay depuis trois siècles.
Les Champs-Élysées du champagne
La première pause culinaire confirme cette addiction au plus prestigieux des vins. À la Grillade Gourmande (toutes les adresses citées dans l’article sont à retrouver en bas de page), Christophe Bernard dévoile une cuisine qui penche sans surprise du côté des bulles : bar de ligne grillé au feu de bois sauce au champagne, pièce de veau rôti façon Rossini avec sa sauce au pinot noir et ratafia de champagne ou encore, le plat signature, les escargots de champagne au beurre aillé. De quoi attaquer d’un pas léger la descente de l’avenue que l’on surnomme désormais les « Champs-Élysées du champagne ».
La balade débute par l’inévitable Château Perrier, qui abrite le musée du vin de Champagne et d’archéologie régionale. Les siècles d’histoire du terroir champenois y sont retracés méthodiquement, à l’aide de 2500 objets : du fameux « vase canard » (datant du Vᵉ siècle avant notre ère) aux premiers magnums de champagne, en passant par la collection de produits retirés du commerce par le Comité Champagne, chargé par la loi de combattre les contrefaçons. Sont ainsi visibles chaussures, cigarettes ou préservatifs estampillés « Champagne », mais aussi une bouteille de « Shampagne of Ethiopia » ou une de l’ex-parfum « Champagne par Yves Saint-Laurent ».
La visite se poursuit entre collections de bouteilles de toutes tailles, d’étiquettes de toutes époques, de sécateurs et de diffuseurs olfactifs pour permettre une découverte par le nez des grands cépages locaux : chardonnay, pinot noir et pinot meunier. Avec, comme fil conducteur : le sol crayeux du Champenois, exploité par les premiers agriculteurs du Néolithique jusqu’aux viticulteurs de nos jours.
Six bulles under
Dans ce sol crayeux justement, il est temps de plonger. Car, à la manière d’un iceberg, l’essentiel des visites de l’avenue de Champagne est immergé : si à l’air libre elle mesure à peine plus d’un kilomètre, 110 km de galeries lézardent ses souterrains.
Direction donc la maison Mercier, pour 1h30 de marche dans les caves et de dégustations. À l’entrée, le Foudre Mercier nous accueille. Cet immense tonneau orné, peut contenir 213 000 bouteilles et a nécessité, pour sa construction, deux années de montage et 150 chênes de Hongrie. À l’exposition universelle de 1889 à Paris, il a été transporté grâce à 24 bœufs, et terminera à la deuxième place du concours… derrière la Tour Eiffel !
Un ascenseur multimédia et 30 mètres dans le sol plus tard, 18 km de caves s’offrent au visiteur, qu’il parcourra à bord d’un petit train autonome. Se dévoilent les trésors de ces galeries qu’il aura fallu six années à bâtir : milliers de bouteilles, caves, bas reliefs et statues sculptés par Gustave Navet. Une fois ressorti à la surface, la visite comprend quatre coupes de dégustation : blancs de noirs, brut Mercier, brut rosé et millésime Mercier.
Moët & Chandon & célébrités
Si l’avenue accueille les bâtiments de 18 prestigieuses maisons, un autre arrêt incontournable et spectaculaire sera le siège de Moët & Chandon. En guise de comité d’accueil : la statue de Dom Pierre Pérignon, moine bénédictin en charge de la production de vin à l’abbaye d’Hautvillers au XVIIIᵉ siècle (voir encadré historique). « 1638-1715, Cellerie de l’abbaye d’Hautvillers dont le cloître et les grands vignobles sont la propriété de la maison Moët & Chandon », précise l’épitaphe.
Passé le seuil, plus de trois siècles d’héritage, de savoir-faire et de passion se dévoilent. Fondées en 1743 et nichées à des profondeurs allant de 10 à 30 m dans le sous-sol calcaire, les caves Moët & Chandon sont les plus vastes de toute la région avec 28 km. Salle des machines, celliers d’expédition, pressoirs… : tout ici sera détruit par les bombardements de 1918, avant d’être reconstruit dans les années 1930 dans un esprit Art déco.
Différents parcours de visite traversent cet écrin dans lequel règnent luxe, calme et volupté. C’est ici que Jean-Rémy Moët, petit-fils du fondateur Claude Moët, est passé à la postérité comme l’homme ayant fait connaître le champagne au monde, grâce notamment aux appuis de Napoléon Bonaparte ou de la marquise de Pompadour et de sa célèbre formule : « Le champagne est le seul vin au monde qui rend chaque femme belle même après qu’elles l’ont bu ».
De retour en surface, les autres points d’arrêt ne manqueront pas, de la jeune maison Paul-Etienne Saint Germain au joyau Art nouveau qu’est la propriété Perrier-Jouët, en passant par les maisons Michel Gonet, De Castellane, A. Bergère, l’imposant château Comtesse Lafond, Pol Roger, Boizel (qui conserve notamment onze précieuses bouteilles du millésime 1834), De Venoge, Esterlin, Leclerc Briant ou encore Collard-Picard.
Au total, pas moins de 200 millions (!) de bouteilles de champagne seraient conservées dans les sous-sols de l’avenue, parfois surnommée (de manière non galvaudée sans doute) « l’avenue la plus riche du monde ». Une avenue où il n’est pas rare, dit-on à Épernay, de croiser du très beau monde. Léonardo DiCaprio, actionnaire de la maison Telmont, y viendrait faire ses courses. Tout comme Roger Federer, Nathalie Portman, Scarlett Johansson, Uma Thumran, ou encore Kate Moss… paraît-il !
L’avenue du Champagne en chiffres…
- 450 000 visiteurs annuels
- 1 km en surface, 110 km en dessous
- 200 millions de bouteilles stockées dans les caves, par 12°C et 90% d’hygrométrie.
- Le siège de 18 des plus grandes maisons de champagne au monde : Moët & Chandon, Mercier, Boizel, Comtesse Lafond, De Castellane, Esterlin, Perrier-Jouët, Pol Roger, De Venoge…
- 8 de ces dernières proposent des visites (et seul la Maison Pol Roger réserve la visite à ses clients VIP)
… et en dates
- 1145 : le comte Thibaut II de Champagne fonde à Épernay un hôpital, sur le chemin qui deviendra la future avenue de Champagne
- 1668 : d’après la légende, c’est le moine Dom Pierre Pérignon qui fait la découverte du « vin blanc mousseux », à Hautvillers. À la recherche d’un procédé propre et hermétique pour boucher les bouteilles, il aurait eu l’idée de couler de la cire d’abeille dans les goulots. Au bout de quelques semaines, la plupart des bouteilles explosent, incapables de résister à la pression. Le sucre (contenu dans la cire), en tombant dans la bouteille, provoque une seconde fermentation.
- 1729 : fondation de la première maison de champagne : Ruinart. L’avenue prend le nom de « faubourg de la Folie », pour certain en raison des fous accueillis à l’hôpital toujours présent, pour d’autres en référence aux riches propriétés de campagne qui commencent à s’y construire.
- 1793 : l’avenue, idéalement située sur la route royale reliant Paris à l’Allemagne, est pavée et rebaptisée « Faubourg du commerce », puis « rue du commerce ». Elle devient l’artère principale de la ville
- 1849 : inauguration du tronçon Paris–Épernay de ligne ferroviaire de l’Est.
- 1925 : l’essor économique du champagne est tel que la rue du Commerce est rebaptisée avenue du Champagne
- 1994 : elle est reconnue « Site remarquable du goût »
- 2015 : nomination de l’avenue et des « coteaux, maisons et caves de champagne » au Patrimoine mondial de l’Unesco























À lire avant de partir
À voir avant de partir
Pratique
Y dormir :
- Parva Domus : maison d’hôtes historique au cœur de l’avenue de Champagne, avec parking, jardin et petit déjeuner. 27 avenue de Champagne, 51200 Épernay. 06 73 25 66 60 / 06 13 99 12 57. parvadomusrimaire.com
- L’Interfaces : maison du XVIIIᵉ siècle près de l’église Notre-Dame, au calme, avec petit déjeuner et voitures électriques mises à disposition pour les séjours de deux nuits minimum. 27 bis rue Gambetta, 51200 Épernay. 06 79 33 07 56. linterfaces.fr/chambres
- Le 25bis by Leclerc Briant : adresse plus prestigieuse, directement sur l’avenue de Champagne, dans un décor raffiné. 25 bis avenue de Champagne, 51200 Épernay. 03 26 56 40 70. le25bis.com
Y manger :
- La Cave de l’Avenue : table au cœur de l’avenue, liée à la maison A. Bergère. 5 avenue de Champagne, 51200 Épernay. 03 26 54 09 83. lacavedelavenue.fr
- La Grillade Gourmande : l’une des meilleures tables d’Épernay, avec plusieurs plats travaillés autour du champagne. 16 rue de Reims, 51200 Épernay. 03 26 55 44 22. lagrilladegourmande.com
- Le Cook’In : cuisine française et thaïlandaise, avec sélection de vins et champagnes. 18 rue Porte Lucas, 51200 Épernay. 03 26 54 89 80. restaurant-cookin.fr
À déguster : Le moelleux champenois, spécialité locale commercialisée uniquement dans la Marne, à goûter notamment avec un champagne rosé. Au Bonheur des Papilles, 31 rue Porte Lucas, 51200 Épernay.
L’essentiel à savoir avant de partir : Le ballon captif d’Épernay offre une vue panoramique sur la ville et les coteaux ; en cas de météo défavorable, une expérience en réalité virtuelle peut être proposée. Le Mont Bernon permet aussi de prendre de la hauteur sur la cité sparnacienne. Début décembre, l’avenue accueille les Habits de Lumière, rendez-vous festif et gastronomique devenu incontournable. Toujours prévoir une veste : dans les caves, il fait frais et humide toute l’année. Pour une visite guidée personnalisée, contacter Aurélien Boucher : lesvisitesdaurelien.com.
