Si l’on pourrait croire ce rituel établi depuis des siècles, la fête des Sarmentelles de Beaujeu, la capitale historique du Beaujolais, ne remonte pourtant dans sa forme actuelle qu’à 1989. Sa date est immuable : le soir du troisième mercredi du mois de novembre, à minuit pile, date légale de commercialisation des Beaujolais nouveaux. Pendant cinq jours, les festivités s’y enchainent nuit et jour, attirant entre 20 et 30 000 personnes venues de toute la France, comme en témoignent les terrains pleins à craquer de camping-cars à l’entrée de la petite commune de 2000 habitants. Et certains font le déplacement depuis bien plus loin.
« Do you want some Jesus or some gratons ? »
Américains, Britanniques, Chinois ou Japonais : ils sont des centaines chaque année à faire du chemin pour le beaujolais nouveau originel, bien que la manifestation soit parfois plus célébrée dans leurs pays d’origine que dans ce coin du Lyonnais. Des bus entiers de tour-opérateurs étrangers sont garés à l’entrée de la ville, qui s’étend tout en longueur au fond d’une étroite vallée. « The Jésus ? It’s like a big saucisson ! », lance la tenancière d’un étal de charcuteries locales installée pour l’occasion dans la maison du terroir Beaujolais, et proposant aux visiteurs de composer leurs planches. Grattons, Beaufort, Jésus, boudins blancs, andouillettes et terrines en tous genres font les yeux doux aux passants pour accompagner leurs Juliénas, Fleury, St Amour, Brouilly ou chacune des huit autres appellations qui font le terroir beaujolais.
Il faut dire que tout est mis en place lors des Sarmentelles pour accueillir dignement les visiteurs. En ce premier soir du festival, et après s’être réchauffé dans la rue avec un copieux hot dog beaujolais au moût de raisin, il suffira de se délester de 10 euros pour obtenir un coupon et un verre, et partir à l’assaut d’un premier « parcours dégustation ». Au programme : 13 stands de vignerons établis autour de l’église de ce village à la réputation bien calme le reste de l’année. Dans l’ordre : Beaujolais blancs & rosés, Beaujolais, Beaujolais villages, Brouilly, Chenas, Chiroubles, Côte de Brouilly, Fleurie, Julienas, Morgon, Moulin-à-vent, Regnié et Saint-Amour. À chaque stand le même rituel : verre tendu, verre rempli, verre bu, puis, sans mot dire, on passe au stand suivant. Rentable.
Une fête populaire
De quoi réchauffer les cœurs et alléger les esprits. Car à l’origine, la fête remonte à une ancienne tradition viticole elle aussi réconfortante. Les sarmentelles, ce sont ces morceaux de sarments de vignes coupés lors de la taille des ceps. Les vignerons les brûlaient à la fois pour marquer la fin des travaux de vendange, mais aussi pour se réchauffer pendant les longues soirées d’automne autour des cadoles, ces petits abris disposés dans les vignobles.
Dans la seconde moitié du XXe siècle, la tradition, qui trouve aussi ses racines dans la Saint-Martin, fête célébrant la fin de l’année viticole, s’est peu à peu transformée en une grande fête populaire autour du festif vin nouveau. En 1967, est fixée la date du 15 novembre pour le déblocage du primeur, et les vignerons commencent à célébrer avec leurs invités le départ des camions, à minuit pile, pour la France entière. En 1985, pour éviter le week-end, la date est à nouveau fixée par la loi au 3e jeudi de novembre, et, en 1989, pour honorer les voitures anglaises ou danoises qui repartaient chargées de bouteilles, naissent les Sarmentelles. Depuis, le Beaujolais nouveau, par une stratégie commerciale d’ampleur, a conquis successivement l’Europe de l’Ouest, l’Amérique du Nord, le Japon, l’Europe de l’Est et plus récemment la Chine.
Les Sarmentelles de Beaujeu 2025 se tiennent du 19 au 23 novembre. www.sarmentelles.fr
Beaujeu, capitale des Sires beaujolais
La petite cité nichée au fond d’une vallée étroite, fut en son temps une capitale : celle des seigneurs qui lui ont laissé leurs noms. Ce sont les seigneurs de Beaujeu qui ont participé au développement viticole de la région, en créant notamment un port de commerce à Villefranche-sur-Saône. Au fil des siècles, ils agrandirent leur territoire, jusqu’à ce qu’il devienne un état indépendant, entre mâconnais et lyonnais. Au XIVe siècle, l’un des Sires de Beaujeu, Pierre de Bourbon, épouse Anne de France, fille de Louis XI, la célèbre Anne de Beaujeu. C’en est alors fini de l’indépendance du Beaujolais. L’église Saint Nicolas et l’hôpital de Beaujeu sont aujourd’hui les seules traces restantes de l’ancienne capitale.

















À lire avant de partir
À voir avant de partir
Pratique
Y aller :
- Beaujeu se trouve à 50 min environ au nord de Lyon. Pour se rendre aux Sarmentelles, plusieurs options.
- En voiture : Autoroute A6, sortie numéro 30 Belleville, puis direction Beaujeu, D37, 10 min.
- En train : La gare SNCF là plus proche est de celle de Belleville (vous pouvez confondre sur SNCF Connect Belleville-sur-Saône et Belleville-en-Beaujolais : il s’agit de la même commune), puis ligne régulière des TCL jusqu’a Beaujeu, en une dizaine de minutes. Gare TGV à Macon-Loché, à 25 minutes de Beaujeu.
- En avion : Lyon St Exupéry est à 60 minutes.
- Plusieurs compagnies de taxi sur place.
- Pendant la fête, la ville est fermée à la circulation à partir de 16h00. Des parkings sont à disposition aux extrémités du village. Des navettes gratuites circulent toutes les 15 à 20 minutes pour rejoindre le centre de la fête, de 16h00 à 3h00.
Y dormir :
Attention, s’y prendre à l’avance pour réserver un logement sur place, le village est petit et les logements peu nombreux… Voici toutefois trois hébergements non loin :
- Chambre d’hôte au domaine de Beauchamps : en plein cœur des vignes, sur les hauteurs de Beaujeu, la maison offre une vue exceptionnelle. L’accès est indépendant. Beauchamp, 143 Chemin de Beauchamp, 04 74 04 82 80, https://www.gites-professionnels.com/83/joomlannuaire/fiche/2647-domaine-de-beauchamp/84-83-var
- Hôtel du Mont Brouilly : à 7 minutes de Beaujeu et Belleville, l’hôtel-restaurant offre un cadre calme et verdoyant. Trois types de chambres : double, twin et double supérieure, bar et restaurant. 139 Imp. des Quatre Mesures, 69430 Quincié-en-Beaujolais, 04 74 04 33 73, https://www.hotelbrouilly.com/fr.
- Château de Pizay : Datant du XIe au XIXe siècle, le domaine du Château de Pizay est l’incontournable du coin, entre jardin à la française, spa et bar lounge / gallerie d’art. Château de pizay, 443, Route du Château, 04 74 66 51 41, https://www.chateau-pizay.com/fr
Y manger:
- Durant la fête les stands de nourriture ne manquent pas, ni les soirées organisées que propose la ville avec spectacle et repas (sur réservation). Parmi les tables du bourg : le Retinton propose une ambiance chaleureuse et conviviale, avec une cuisine « bistrojolaise ». Un menu sarmentelle est proposé lors de la période. Le Retinton, 9 Place de la Liberté, 69430 Beaujeu, 04 74 04 84 95, http://leretinton.fr/fr/accueil/.
- Au dessus de la ville, une magnifique auberge avec un centre équestre et une vue magnifique sur les monts du Beaujolais : l’Étape cavalière. Le restaurant propose trois formules simples, avec de solides proportions, et une très belle carte des vins. L’auberge dispose aussi de chambres confortables et offre des séjours équestres pour les passionnés de chevaux, avec des possibilités de ballades à cheval dans les vignes. L’Etape Cavalière, 530 Route de Malval, 69430 Beaujeu, 06 83 31 21 81, https://www.etape-cavaliere.fr/
À savoir avant de partir :
Pour profiter de l’évènement jusqu’au bout de la nuit, l’hebergement sur place sera recommandé. Malgré la chaleur des dégustations, le mois de novembre peut être très froid au fond de cette vallée encaissée et peu ensoleillée. Pour toutes les informations : l’office de tourisme du Beaujolais : 04 74 07 27 40. Au-delà des grandes tables de la région -de Georges Blanc à Paul Bocuse en passant par la maison Troisgros- ne pas hésitez également à s’arrêter chez les producteurs locaux, ainsi que dans les coopératives comme Vinescence, située à l’entrée de Belleville-en-Beaujolais.
