À commencer par son passé d’ancienne capitale française du papier, que l’on découvre dans un musée installé rue de Bordeaux, sur les bords de la Charente. Les anciennes papeteries Lacroix puis Joseph-Bardou, fermées en 1972 et restées célèbres pour avoir produit pendant des décennies le papier à cigarettes « Le Nil », proposent une exposition permanente, « Charente Confluences, du fleuve aux industries, du papier à l’image », permettant de se replonger dans le riche passé papetier Angoumoisin. Les expositions temporaires, elles, se concentrent sur les artistes contemporains travaillant le papier.
Fabriqué manuellement jusqu’au XVIIIe siècle, grâce aux nombreux moulins installés sur les bords de la Charente, le papier fut ensuite produit à la machine, à l’instar du « vélin d’Angoulême », premier papier fabriqué industriellement en France. Après les purs usages d’écriture et d’édition viendront ensuite les papiers couchés, sulfurisés et papiers à cigarettes. Ce dernier, grâce à l’essor du tabac au XIXᵉ siècle, fera les grandes heures de la ville, la transformant en capitale mondiale des fumeurs.
Du papier ancien mais neuf
Un des derniers témoins de ces quatre siècles et demi de tradition papetière : le moulin du Verger, situé dans la vallée des Eaux claires, à Puymoyen, à la sortie sud d’Angoulême. Toujours actif, il constitue un ensemble protégé avec maison de maître et vaste séchoir établis au pied d’une petite falaise calcaire. Depuis 1539, et après une reconstruction au XVIIᵉ siècle, dans les salles voûtées et sur les étendoirs, des hommes et des femmes y répètent les mêmes gestes de la papeterie traditionnelle, dont les techniques remontent au XIIIᵉ siècle.
L’homme derrière cette production qui perdure : le maître d’art Jacques Bréjoux, passionné de 80 ans qui cultive à Angoulême l’amour du papier main. Au départ, il proposait dans son moulin des visites touristiques et quelques produits fantaisies. Puis sont venues les premières commandes pour de la restauration de livres. Jacques Bréjoux a alors remis en service sa pile à maillets pour travailler chiffons et vieux draps de lin et les transformer en papier. Hors de question pour lui de travailler avec les pâtes modernes.
Des institutions comme le Louvre, le musée du Prado ou la bibliothèque du Congrès à Washington font régulièrement appel à son expertise. Ceci pour des éditions de luxe, comme pour de la restauration d’ouvrages du XIVe au XIXe siècle. Le moulin du Verger fournit aussi des papiers aux fibres variées pour le dessin, l’édition, la reliure ou toute autre pratique graphique.
Pour se replonger davantage aux sources du papier, rendez-vous également au Logis de Forge, dont les premières pierres remontent à la guerre de Cent Ans, ou au moulin de la Courade, avec ses longères ouvrières, son château patronal, ses étendoirs et son parc à l’anglaise bordé de magnolias et de séquoias.
Dinosaures et trésor
Retour au centre-ville. Installé au chevet de la cathédrale Saint-Pierre, le musée d’Angoulême est même relié à celle-ci physiquement, par une moderne tour en verre. À l’intérieur ce qui fut pendant huit siècle le siège de l’évéché d’Angoulême, certaines des collections sont d’importance internationale : qu’elles concernent les arts d’Afrique et d’Océanie, ou des collections d’archéologie. Depuis 2023, le musée offre aussi un parcours numérique immersif entre fossiles, fémur de sauropode ou casques gaulois. Une des récentes expositions temporaires avait permis à l’artiste Erro, à l’origine en 1982 des premiers murs peints d’Angoulême dédiés aux héros de la BD, de revisiter l’histoire.
Il sera temps ensuite de pénétrer dans le bâtiment voisin. Classé monument historique depuis 1840, la cathédrale Saint-Pierre d’Angoulême est un joyau de l’architecture romane du XIIe siècle que l’on visite avant tout pour son célèbre trésor. Dans une mise en scène imaginée dans trois salles par l’artiste plasticien Jean-Michel Othoniel, ce trésor consiste en fait en plus de 200 objets et sculptures liturgiques datant pour la plupart du XIXᵉ siècle : perles de verre soufflé coloré de Murano, vitraux aux tonalités bleu et or qui diffusent une lumière riche de nuances, objets scintillants d’or… Vitraux aux tonalités bleus et or, lumière colorée et qui contribue à l’atmosphère onirique des lieux.

La capitale du 9e art
Cognac, pineau, grillon charentais, fromages de chèvre ou encore beurre de l’AOP Charentes-Poitou : à quelques rues s’offre ensuite au visiteur un autre trésor, celui des Halles d’Angoulême. Celles-ci ont remplacé en 1888 le Châtelet, un ancien château-fort et prison, et s’inspirent des modèles parisiens de grandes halles centrales. Sur leurs fontaines, on y retrouve Bacchus, le dieu du vin.
Après avoir repris des forces, il sera désormais temps de partir, tout de même, s’attaquer à la BD. Encore une fois, difficile d’y échapper, une trentaine de fresques ornant les murs de la ville, mettant à l’honneur héros et héroïnes du 9e art : Lucien, Blake et Mortimer, L’Archiviste…
Berberian, François Boucq, Yslaire, Franquin, Margerin, Turf, Zep ou Florence Cestac ont participé à la réalisation de ces fresques colorées dont certaines s’illuminent le soir venu. Comme pour lier l’histoire de la ville à son présent, un nouveau mur a été inauguré fin 2023 et baptisé « Angoulême, toute une histoire », sorte de cabinet de curiosité de tout ce qui fait d’Angoulême depuis plusieurs siècles. Dans ce même but, a été inaugurée en septembre 2025 une nouvelle fresque en hommage au circuit des remparts, reliant la cité de la BD à la Cathédrale.
Nos pas nous mèneront enfin naturellement vers la passerelle Hugo Pratt, du nom du créateur de Corto Maltese. Celle-ci enjambe la Charente, et joue le rôle de trait d’union entre le vaisseau Moebius, le musée du Papier, les écoles de l’image et les Chais Magelis. D’ici, on rejoindra sans peine la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image et tout ce qu’elle regroupe : musée de la BD et ses 22 000 planches originales, maisons des auteurs, cinéma, librairie spécialisée BD et proposant 5000 nouveautés par an, bibliothèque patrimoniale regroupant 100 000 albums, centre de documentation et de recherche…
De quoi un peu mieux comprendre le statut de capitale mondiale de la bande dessinée qu’a acquis l’ancienne capitale du papier. Et de se rappeler que le FIBD, qui aurait dû fêter cette année sa 53e édition, attire chaque année 200 000 visiteurs. Colossal, pour une ville qui compte à peine plus de 40 000 habitants…
Musée de la BD : les expos au programme
- Jusqu’au 8 mars 2026 : Signé Brétécher…
- Jusqu’au 3 mai 2026 : Exposition « En slip et contre tout. Les Vieux Fourneaux et Le Loup en slip enfin réunis ! »
- Jusqu’au 30 août 2026 : Trésors des collections
- À noter que le parcours de l’exposition permanente sera renouvellée entièrement en 2027, les travaux sont en cours





























À lire avant de partir
À voir avant de partir
Pratique
Y dormir :
- En plein cœur d’Angoulême, dans le quartier de l’Hôtel de ville et du théâtre, la Villa Côté Plateau***, appart’hôtel fort commode. 22, rue d’Austerlitz 16000 Angoulême, 0545396665.
- Nichées comme leur nom l’indique au milieu des sources et des bois : les chambres d’hôtes de la Maison des sources de Fontanelle, un ancien prieuré ayant appartenu au clergé d’Angoulême. 1 bis, rue des meules à grains, Angoulême, 0545235173
Y manger :
- Un déjeuner en plein du coeur du marché : le Carré des halles. Marché couvert d’angoulême, Place des halles, 16000 Angoulême, 0788430602, https://www.instagram.com/lecarredeshalles/
- Le Saint-André , dans le vieille Angoulême : cuisine bistronomique servi dans un magnifique bâtiment du XIXe siècle au décor contemporain et avec vue imprenable sur église et mur peint. 6, rue Saint André, 16000 Angoulême, O545922585, https://www.le-st-andre.fr/landing-page/
- Au cœur du labyrinthe du vieille Angoulême, Le comptoir de Brice : ambiance décontracté et cuisine ouverte. 50, rue de Genève, 16000 Angoulême, 0564721657, https://www.lecomptoirdebrice.com/
- À noter aussi la présence voisine de plusieurs grandes tables étoilées : Aumi, Les sources de Fontbelle, Le domaine du Chatelard ou encore La Cigogne (Soyaux)…
À déguster :
- La duchesse d’Angoulême, un bonbon confectionné avec de la nougatine, du pralin, des amandes et des noisettes.
- La Marguerite d’Angoulême (ou Marguerite de Navarre) est un chocolat qui fait la fierté des pâtissiers angoumois créé en hommage à Marguerite de Valois-Angoulême, la soeur de François 1er. C’est un chocolat noir ou au lait de 3 cm de diamètre au goût amer puisque parfumé à l’écorce d’orange confite.
- Pour se procurer ces douceurs : Chocolaterie Duceau, 18 place de l’hôtel de ville, 16000 Angoulême, 0545950642 https://chocolaterie-duceau.com
Avec les enfants : Angoulême est une destination parfaite pour les petits. Chacun y trouvera sa place et son activité, que ça soit à l’intérieur d’un musée où d’un ballade au coeur de la cité. Outre la pléthore d’activités liées à la BD, c’est une petite ville très dynamique et surtout à taille humaine.
Sur l’eau : Sont proposées des balades à bateaux sur la Charente et des activités nautiques. A vélo : une piste cyclable sur l’ancien chemin de halage longe la Charente. En rando : à quelques foulées de la ville, près de 400 km de chemins balisés invitent à parcourir le Pays d’Angoulême entre nature protégée, et patrimoine du plateau du vieil Angoulême. Sinon, ne pas oublier de s’informer sur les programmes des expositions temporaires et les animations de la ville. Ne pas se fier à ses 40 000 habitants seulement, Angoulême propose, grâce à son statut de capitale du 9e art, des programmations culturelles de haute volée et ce toute l’année.
